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TOURISME REGION DU GOIS
 

Un peu d'histoire ... Le Gois et Bonaparte  

        L'affaire des canonnières anglaises (1er juillet 1800) et les remerciements de Bonaparte

"On m'a rendu compte, citoyen préfet, de la bonne conduite qu'ont tenue les habitants de Noirmoutier, de la Crosnière, Barbâtre et Beauvoir dans les différentes descentes tentées par les Anglais. On ne m'a pas laissé ignorer que ce sont ceux-là même, que la guerre civile avait le plus égarés, qui ont montré le plus de courage et d'attachement au gouvernement."


En 1800, un petit fait d'armes contre les Anglais va permettre à Bonaparte de monter une opération de propagande, fort utile dans la cadre de sa politique d'apaisement en Vendée.

Les Vendéens de la côte , comme les Bretons, nourrissent une antipathie instinctive pour les Anglais. Chez les Noirmoutrins, le souvenir des luttes sur mer et de l'horreur des pontons anglais reste vivace. De nombreux Noirmoutrins sont prisonniers sur ces pontons où les conditions de vie sont terribles. En ces temps de blocus, la côte atlantique française voit le trafic maritime réduit, qu'il s'agisse du commerce avec l'étranger, du cabotage ou de la pêche. L'embouchure de la Loire, surveillée par les Anglais, ne voit ainsi guère passer de navires. le sentiment anti-anglais va donc en se renforçant.

Par ailleurs, du fait de la guerre aux frontières, la défense des côtes laisse à désirer : des troupes en nombre insuffisant,des gardes côtes, non armés, incapables de résister aux débarquements, une défense disséminée sur la côte. Le général Favereau, nommé le 13 Brumaire an VIII au commandement des départements de la Loire inférieure et de la Vendée doit donc faire face à d'insurmontables difficultés pour réorganiser la défense des côtes. L'affaire des canonnières va montrer que les vendéens peuvent participer à leur propre défense.

Au début de Messidor an VIII (fin juin 1800), le contre-amiral Warren s'est emparé de l'île d'Yeu. D'autres Anglais ont débarqué à Saint-Gilles où ils ont pris des denrées qu'ils ont payés en faux louis.

Le 28 juin 1800, l'escadre du commodore Warren, forte de quatre vaisseaux de rang, d'une frégate et d'un cutter, jette l'ancre dans la baie de Bourgneuf après avoir longé, hors de portée des batteries, les côtes nord-est de l'île.

Dans l'île, l'alerte a été donnée par les guetteurs du fort Saint-Pierre et du fort Larron qui ont repéré les six navires. Solin-Latour, commandant de l'île, ancien capitaine d'infanterie aux colonies, alcoolique notoire selon Piet, organise, avec ce même Piet, maire de Noirmoutier, la défense. Ils ne disposent pas de moyens très importants : une compagnie franche de Vendée, composée d'une soixantaine de jeunes gens originaires de Noirmoutier et des Sables, renforcée par quelques canonniers, commandés par Julien-Aimé Viaud. Les forts sont renforcés par l'envoi des marins de l'île et de quelques gardes nationaux.

Les Anglais souhaitent-ils s'emparer de l'île afin de tenir l'embouchure de la Loire et contrôler les mouvements de navigation vers Bordeaux ? Peut-être sont-ils tout simplement intéressés par une flotte de 40 barques chargées de blé, mouillées entre la Fosse et Fromentine, et convoyées vers Bordeaux par un brick de guerre, la "Thérèse".

A six heures du soir, une vingtaine de chaloupes anglaises*, armées, ayant à leur bord 300 hommes, quittent les vaisseaux pour venir mouiller près du cutter qui s'était détaché de l'escadre pour se rapprocher du convoi de blé. La nuit tombée, à marée montante, les chaloupes passent au-dessus du Gois et prennent d'abordage le brick la "thérèse", capturé comme prise de guerre, son équipage étant fait prisonnier. Les barques chargées de blé sont maintenant à la merci des Anglais qui commencent à les incendier . Les paysans des deux rives et 200 gardes nationaux, munis de deux canons de campagne, arrivés à la Fosse, ne peuvent qu'assister impuissants au spectacle. Mais, dans le feu de l'action, les Anglais ne prennent pas garde à la marée descendante et ne peuvent empêcher leurs chaloupes de s'échouer autour du Gois, à portée des canons de la batterie de la Fosse, restée muette dans l'obscurité, de crainte d'atteindre les barques françaises. Dès lors les batteries ouvrent le feu. Noirmoutrins et habitants de Beauvoir et de Bouin, armés de mauvais fusils, de faux, de bâtons ferrés se ruent dans l'eau à la poursuite des Anglais. Du côté de Noirmoutier, Solin-Latour et sa troupe ont pris la direction des opérations et, de l'autre côté du Gois, le lieutenant de gendarmerie Mourain-Bijonnière est à la tête d'une troupe au premier rang de laquelle marche le curé de Bouin, l'abbé Coussays. Une quinzaine de chaloupes sont saisis, 47 anglais capturés par les Noirmoutrins tandis que 45 autres, qui tentent de fuir par le continent, sont arrêtés par les douaniers. Une centaine de marins parvinrent à s'échapper en gagnant les terres et en revenant s'embarquer à la marée suivante. Les prisonniers valides sont regroupés par Solin-Latour au château de Noirmoutier et les blessés conduits à l'hospice civil.

L'amiral Warren envoie alors un de ses officiers proposer l'échange de ses marins prisonniers contre un nombre égal de marins français détenus en Angleterre. Les Iliens acceptent le marché, désireux que leurs captifs sur les pontons de Portsmouth soient relâchés. Solin-Latour exige par ailleurs que les Anglais n'apparaissent plus autour de l'île ni dans la baie de Bourgneuf. Les clauses sont respectées et l'échange effectif quatre mois plus tard.

Dans l'action quelques Vendéens se seraient particulièrement distingués. Julien Lassour, habitant de Barbâtre, aurait ainsi voulu se lancer seul à l'abordage d'une barge où s'étaient réfugiés 200 Anglais ; un officier l'aurait arrêté dans son acte inconscient alors qu'il s'était déjà enfoncé dans l'eau jusqu'au cou. Jean-Pierre Bousseau, marin, dont le père et le frère avaient été fusillés comme rebelles en l'an II par les Républicains, guide la compagnie franche à travers les fonds mouvants du Gois. Un ancien soldat de Charrette, J. Bernaud, laboureur, va également faire preuve d'une ardeur sans pareille. Sébastien Palvadeau, laboureur , marche en tête des assaillants lorsque le chef de la petite troupe lui dit : " Retirez-vous, votre fusil n'a pas de chien ; vous ne seriez d'aucune utilité. Il n'importe, répond Palvadeau, j'irai et j'aurai bientôt un fusil à chien ", et c'est effectivement ce qui va se passer (Archives de Vendée, série M police an VIII).

Le petit fait d'armes du Gois va faire grand bruit au point d'être porté à la connaissance du Premier Consul, Bonaparte, qui va y voir un bon moyen de détacher les Vendéens du parti royaliste. Le général Grigny, commandant la Loire-Inférieure, écrit au ministre de la Guerre qu'une lettre du Premier Consul aux Vendéens " ferait un grand effet politique. Elle leur prouverait que le gouvernement pense à tout, voit tout, apprécie et récompense " (Archives Guerre Lettre du 11 juillet 1800).

Le 26 juillet 1800, Bonaparte écrit au préfet de Vendée, Lefaucheux :

"On m'a rendu compte, citoyen préfet, de la bonne conduite qu'ont tenue les habitants de Noirmoutier, de la Crosnière, Barbâtre et Beauvoir dans les différentes descentes tentées par les Anglais. On ne m'a pas laissé ignorer que ce sont ceux-là même, que la guerre civile avait le plus égarés, qui ont montré le plus de courage et d'attachement au gouvernement.

Faites choisir douze des habitants qui se sont le mieux comportés dans ces affaires et envoyez-les à Paris, accompagnés de l'officier de gendarmerie qui les a conduits. Je veux que le peuple de la capitale les voie et qu'ils emportent à leur tour les témoignages de la satisfaction du peuple français.

Si, parmi ceux qui se sont distingués, il y a des prêtres, envoyez-les moi de préférence, car j'estime les prêtres qui sont bon Français et qui savent défendre la patrie contre les éternels ennemis du nom français, ces méchants hérétiques d'Anglais. Je vous salue. Bonaparte. "

Relayant le désir de Bonaparte de faire une grande publicité autour de l'action des Vendéens, le préfet fait placarder dans toutes les communes vendéennes la lettre du Premier Consul.

Il charge le secrétaire général de la préfecture, Cavoleau, du choix des douze combattants qui iront à Paris. Pour ce faire, Cavoleau se rend à Noirmoutier, Beauvoir et Bouin.

Cavoleau, voulant exaucer le souhait de Bonaparte, va visiter le curé de Bouin, l’abbé Coussays qui prit part aux évènements. L’abbé accepte dans un premier temps de se rendre à Paris, mais finalement il y renonce arguant, dans une lettre adressée au préfet, du fait que ses paroissiens ne veulent pas le laisser partir, craignant son absence. On peut supposer que le curé après réflexion ne voulut pas être l’objet d’une « campagne publicitaire » au profit du Premier consul.

Le choix des douze délégués n’est pas chose aisée, le nombre de candidats ne manquant pas… Six habitants de Beauvoir et six de Noirmoutier sont finalement désignés. Selon Mercier du Rocher, certains n’auraient vu la bataille que de loin (Mémoire pour servir à l'histoire de la guerre de Vendée) : « Mourain, qui a vu l’action, de loin, a reçu un sabre d’honneur et un brevet de capitaine de gendarmerie ; il se pavane à Fontenay avec ».

Les délégués sont des marins ou des laboureurs. Le département paye donc le voyage (lettre du préfet à l’intérieur du 22 thermidor an VIII). Leur arrivée à Paris fait sensation et les héros sont reçus en grande pompe. Piet raconte ; « On les logea dans un hôtel magnifique. Leur table fut constamment couverte des mets les plus délicats, des vins les plus exquis. On les conduisit à l’opéra où ils furent placés dans une des loges d’honneur… Introduits chez le ministre de l’Intérieur, celui-ci les présenta lui-même à Bonaparte**, qui les accueillit de la manière la plus gracieuse, sourit de la naïveté de leurs réponses et fit distribuer à chacun d’eux une carabine d’honneur***». Ils furent également reçus à la Malmaison par Joséphine de Beauharnais. Outre la carabine d’honneur, les délégués se voient gratifiés de frais de routes conséquents, les portes du Prytanées sont ouvertes à un enfant de chacun de ceux qui sont pères de familles. Bonaparte leur demande en quoi il peut leur être agréable ; un des Vendéens lui répond alors : « En nous rendant nos prêtres ».

Bonaparte a atteint son objectif : il a montré à Paris des Vendéens patriotes ; il montre à la Vendée royaliste un exemple à suivre.

* Emile BOUTIN parle d'une vingtaine de chaloupes (Au temps de...Noirmoutier), E. GABORY d'une quinzaine (Les guerres de Vendée) et Claude BOUHIER de treize (Noirmoutier à travers les siècles).

** Les Vendéens dans leur récit ont tenu à signaler que le fait n’avait rien d’exceptionnel et qu’ils avaient l’habitude de défendre leurs côtes : « Notre conduite n’a rien eu d’extraordinaire. Ce n’est pas la première fois que nous signalons notre haine contre les Anglais et notre zèle pour la République. En l’an IV et l’an VI nous avons aidé à les repousser de nos côtes. La première compagnie franche du département qui s’est si bien signalée comptait quatre-vingt de nos enfants » (termes de la lettre du maire de Noirmoutier au préfet, en date du 24 thermidor).

*** En mai 1807, onze habitants de Beauvoir et Noirmoutier réclamèrent la pension qu’ils prétendaient leur avoir été promise. Le Grand Chancelier de la Légion d’honneur, saisi de l’affaire par le ministre de l’Intérieur, indiqua que le don d’une arme d’honneur n’assurait pas le droit à la croix et à la pension qui y était attachée.

 

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